Acte Premier : L'Attente.
La jeune Moriarty attendit patiemment devant la Scuola di Commedia que sa famille vienne la chercher. Elle venait tout juste de terminer son cours de théâtre et déjà presque tous les élèves de son groupe étaient déjà partis. La petite fille serra son sac contre sa poitrine et baissa les yeux vers le sol. La nuit était déjà tombée, mais sa famille n’arrivait toujours pas.
Après avoir attendu une heure devant la Scuola, Lélia se décida finalement à marcher jusqu’à sa demeure. Certes, elle n’avait que sept ans à l’époque, mais elle ne savait pas ce qu’elle devait faire autre que de se rendre chez elle à pied. Elle marcha le long des nombreux cours d’eau de Venise avec son sac serré contre elle et sa mâchoire crispée, retenant ses sanglots. Elle croyait que sa famille l’avait oubliée ou encore pire, l’avait abandonnée, mais elle voulait rester forte et ne voulait pas se mettre à pleurer.
Elle arpenta les rues de la majestueuse ville italienne pendant près de quarante-cinq minutes, seulement pour s’apercevoir qu’elle était perdue. Elle s’arrêta alors sur le bord d’un quai, essuyant les quelques larmes qui commençaient déjà à couler de ses yeux.
Gondolier : Qu’y a-t-il mon enfant ? Pourquoi pleures-tu ? Où est ta famille ?
La petite fille leva tristement les yeux vers l’homme conduisant la gondole. Il s’était arrêté au quai lorsqu’il avait vu l’enfant se mettre à pleurer.
Lélia : Maman et papa et Flavia m’ont laissé toute seule… Je veux aller à la maison, mais je suis perdue…
Le gondolier lui sourit doucement.
Gondolier : Où habites-tu bambina, que je t’y emmène.
Lélia fit un pas vers l’arrière et le fixa avec inquiétude. Ses parents lui avaient souvent dit de ne pas parler aux étrangers, mais l’homme semblait si sincère dans ce qu’il disait, et la jeune Moriarty n’avait pas d’autre choix, alors elle se rapprocha de la gondole tranquillement et le gondolier l’aida à embarqua dedans.
Après avoir indiqué au gondolier où elle habitait, ce dernier s’exécuta rapidement. Il poussa avec sa rame contre le plancher de l’eau et fit avancer la gondole à travers les passages de Venise. Lélia resta assise à l’arrière de la petite gondole, son sac toujours serré contre sa poitrine comme si elle avait peur que l’on lui vole. Elle semblait tout juste sur le bord d’éclater en sanglot jusqu’à ce que le gondolier se mette à lui parler.
Gondolier : Quel est ton prénom, bambina ?
Lélia : Lé-Lélia…
Gondolier : Lélia ? Eh bien ravis de te rencontré Lélia. Mon prénom est Alvise.
Lélia : Alvise ?
Alvise : C’est ça. D’où viens-tu, Lélia ?
Lélia : Je viens de la Scuola di Commedia.
Alvise : Ah ! Une jeune attrice ! À une époque, moi aussi je faisais de la comédie, ou plutôt, je participais à des comédies musicales.
Et le gondolier se mit à chanter en italien tel qu’un soprano à l’opéra. Cela fit rire Lélia, mais seulement pour un cours instant. Alvise se mit ensuite à chanter plus doucement pour éviter d’attirer l’attention.
Ils arrivèrent ensuite à quelques rues de la villa de la famille Moriarty-d’Amore. De la fumée s’élevait de derrière les rangées de boutiques et d’appartements qui les séparaient de la villa.
Alvise : Doggone… Qu’est-ce qu’il se passe ?
Lélia s’empressa de sortir de la gondole et de courir vers la villa. Alvise tenta de l’empêcher de sauter hors de la gondole, mais elle fut trop rapide pour lui. La petite fille courra dans les rues de Venise jusqu’à ce qu’elle arriva à sa maison. D’énormes flammes rouges et jaunes rugissaient alors qu’elles consumaient la villa entière. Lélia resta figée un long moment devant sa demeure, incapable de pleurer, de parler ou de bouger. Il eut ensuite une gigantesque explosion provenant de l’intérieur de la maison, sans doute causée par une fuite de gaz de leur four. Plusieurs fenêtres éclatèrent et avant que Lélia ne puisse bouger, le réfrigérateur sortit de la fenêtre et s’apprêta à l’écraser. La petite fille ferma les yeux, et au moment où elle croyait qu’elle allait enfin mourir et rejoindre sa famille, une paire de bras l’entoura et la tira hors du chemin de l’électroménager. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle était en train de voler au dessus de la majestueuse cité de Venise dans les bras d’une créature qu’elle n’avait vue dans les livres.
Il s’agissait d’un homme arborant une longue chevelure dorée. Sa peau avait un léger teint brun-grisâtre et ses yeux étaient orange telles que les flammes qui avaient emporté la vie de sa famille. Deux grandes cornes noires et pointues ornaient son crâne et une paire d’ailes noires les faisaient voler au dessus de la ville. La créature sourit doucement à la petite fille, dévoilant une paire de canines acérées. Lélia ne savait pas si elle devait avoir peur ou non de ce démon. Après tout, il l’avait sauvé de sa mort et était maintenant en train de la serrer dans ses bras comme si elle était sa propre enfant. Elle le fixa tout au long de leur vol au dessus de Venise. Elle était si fascinée par lui, si fasciné par ses cornes, ses ailes, sa peau, ses cheveux… Elle tendit une main vers une mèche de ses cheveux or, l’agrippant en sentant sa douceur sous ses doigts. Elle agrippa ensuite ses petites mains sur son manteau, enfouissant son visage dans son chandail en fermant les yeux. L’homme sourit doucement et continua de s’enfoncer dans les ténèbres de la nuit en quittant Venise.
Acte Troisième : Le Réveil.
Qui aurait pu deviner qu’un démon était capable d’autant d’amour envers une simple petite fille ? Après la mort de sa famille, le démon, qui se nommait en réalité Ludwig de Lioncourt, emporta Lélia à Auvergne, en France. Il l’emmena dans son manoir familial et l’adopta comme sa propre fille. Lélia ne put refuser, principalement parce qu’elle était beaucoup trop traumatisée pour faire quoi que ce soit. Elle resta des mois de temps allongée dans le lit que Ludwig lui avait offert dans son manoir à regarder le plafond d’un air vide. Son nouveau père adoptif devait constamment changer son matelas, ses draps et ses oreillers ainsi que de lui faire mâcher sa nourriture tellement qu’elle refusait de se lever. Lorsque l’un des domestiques tentait de la lever ou de l’habiller, elle se mettait à crier comme une démente et seul Ludwig savait l’apaiser.
Un soir, Lélia s’était levée de son lit puant et mouillé et décida de descendre dans le salon. Elle y retrouva Ludwig en train de lire un grand volume. La jeune fille resta debout sous le cadre à le fixer jusqu’à ce que leurs regards se croisent.
Ludwig : Ma fille… Tu es debout enfin.
Il lui sourit doucement et se leva debout en fermant son livre. Lélia ne bougea pas.
Lélia : J…
Elle avait énormément de difficulté à parler, ou plutôt, elle avait très peur de ce qui allait sortir de sa bouche, de comment ses cordes vocales allaient émettre comme bruit. Cela faisait pratiquement un an qu’elle n’avait pas parlé et elle ne savait plus si elle en serait capable.
Lélia : Je…
Sa voix était tremblante, comme si elle retenait un sanglot. Ludwig s’approcha d’elle tranquillement, s’agenouillant devant sa fille adoptive pour se retrouver à sa hauteur.
Ludwig : Qu’y a-t-il mon enfant ?
La voix de Ludwig était toujours très douce et calme avec Lélia. Jamais ne s’était-il montré colérique ou dur avec elle, même lorsqu’elle se mettait à lui hurler après.
Lélia : Je… veux…
Encore incapable de parler. Sa lèvre trembla et des larmes envahirent ses yeux. Elle retenait en vain ses pleurs.
Ludwig : Shhh… Ne pleurs pas ma fille…
Le père démon prit doucement sa fille dans ses bras.